La vision de Ian Diamond sur la meilleure voie à suivre pour sa communauté

Parlez-nous du consortium Vision Eeyou Istchee, responsable de l’étude de faisabilité de la Phase 1. Quel est l’objectif de l’organisation ?

Notre but est d’établir une feuille de route pour les 30 prochaines années au sein d’Eeyou Istchee et de veiller à ce que le développement, quel qu’il soit, n’ait pas d’impact négatif sur le mode de vie des Cris. Nous menons actuellement une étude approfondie et, à ce stade du processus, mon travail consiste à être ouvert aux opportunités qui se présentent. Ce qui rend ce processus unique, c’est que tout est théorique pour l’instant. Nous ne savons pas ce qui est possible, car ce niveau de développement n’a jamais été réalisé dans le Nord. Nos seuls principes pour l’étude sont d’essayer de maintenir ces idéaux traditionnels cris, de les défendre et d’être respectueux. Mais, quelles que soient les conclusions de notre étude, mon travail n’est pas de préconiser une option plutôt qu’une autre, mais de voir si oui ou non notre plan est faisable et bénéfique pour la communauté. 

Qu’est-ce qui vous a amené à vous engager dans cette organisation et cette raison d’être?

J’ai embarqué dans ce programme parce que je suis moi-même incertain de ce qui est possible, mais je suis curieux de le découvrir. Je savais que je pouvais aborder le projet d’un point de vue totalement impartial. Grâce à mon travail antérieur, j’ai développé des relations profondes avec les maîtres de trappe et je veux comprendre comment cela les touchera, comment cela touchera la majorité, les entreprises et les gens de nos communautés. 

Comment votre travail contribue-t-il à l’épanouissement des communautés ?

J’aborde toujours ce travail en me posant cette question, car s’il profite à ma communauté, il profitera aux autres. Par exemple, si nous exploitons des minéraux ici dans le Nord, comment allons-nous les acheminer vers le sud d’une manière peu coûteuse, efficace et respectueuse de l’environnement ? Au bout du compte, cette étape de l’étude vise à répondre à des questions de ce genre. 

Quel est le projet d’infrastructures locales dont les communautés ont désespérément besoin ?

Le fait d’avoir davantage de moyens de transport du nord au sud ouvrirait beaucoup d’options pour nos communautés. Il faut parfois plusieurs jours pour se rendre de Waskaganish à Montréal parce que nous n’avons tout simplement pas d’accès routier ou d’accès aérien fréquent. Cela ouvrirait également nos territoires à une plus grande activité touristique, ce qui permettrait d’injecter plus d’argent dans nos communautés et donnerait au reste du monde l’occasion de mieux comprendre notre mode de vie. 

En quoi Eeyou Istchee est-il différent d’il y a 30 ans ?  

En fait, j’ai deux ans de plus que la convention de la Baie James. Presque à la journée près. Je suis né le 12 novembre, et la convention a été signée le 11. Je me souviens de la toute première route qui a été construite dans ma communauté, qui était alors connue sous le nom de route de la Baie James. Par la suite, toutes les communautés des environs ont été reliées à cette route, rendant les déplacements plus faciles et plus efficaces. 

On observe également des changements au sein de la culture, notamment en ce qui concerne les maîtres de trappe et la chasse. Certains utilisent maintenant des outils plus modernes, leurs points d’accès aux zones de chasse se sont développés, et ce grâce aux infrastructures qui ont été construites. Quant à savoir si c’est une bonne ou une mauvaise chose, je ne me suis pas encore fait une idée, mais en tant qu’individu menant une étude sur les opportunités de développement, je crois que c’est le bon état d’esprit à avoir. 

Un siège à la table : comment la SDC protège le mode de vie et les terres autochtones dans le cadre de la grande alliance

Parlez-nous un peu de vous. Quel est votre parcours professionnel et en quoi consiste votre rôle au sein de la Nation crie?

Je suis un ancien chef de la communauté Chisasibi. J’habite Eeyou Istchee et je travaille pour la Nation crie depuis que j’ai terminé mes études. J’ai été élu au conseil de ma nation à l’âge de 24 ans, et j’en fais toujours partie.

Comme j’ai étudié en économie, j’ai été directeur financier de la Nation pendant plusieurs années. J’ai ensuite travaillé pour une firme de construction locale détenue par la communauté. Deux ans plus tard, à l’âge de 29 ans, je suis devenu directeur des opérations, poste que j’ai conservé pendant neuf ans.

Je suis fier d’avoir été élu chef de ma communauté en 2012. Je suis demeuré en poste pendant huit ans. En raison de mon expérience au sein de la Nation crie, j’ai été approché par la communauté pour diriger un nouveau projet dans le cadre de La Grande Alliance : la Société de développement crie (SDC).

Pouvez-vous nous décrire la SDC dans vos propres mots?

La fonction première de la SDC est d’être un instrument d’investissement, mais en réalité, elle est bien davantage.

La SDC joue un rôle essentiel tant pour le développement économique que pour nos collectivités. Pendant beaucoup trop longtemps, nous avons été exclus de la prise de décisions sur le développement de nos propres terres.

La Grande Alliance et la SDC permettent à nos collectivités de décider à quel moment et à quel endroit les projets de développement devraient être mis en œuvre sur notre territoire. Elles nous aident également à assurer la pérennité de notre mode de vie traditionnel et à protéger les régions importantes de nos terres. Je suis extrêmement fier du travail que nous réalisons.

Comment Eeyou Istchee a-t-elle évoluée au fil des années?

Par le passé, bien avant la création de La Grande Alliance, plusieurs projets de développement ont été introduits sur notre territoire sans aucune forme de consultation, ce qui a entraîné des tensions entre les communautés autochtones et les promoteurs. Craignant des dommages irréversibles à leur territoire, plusieurs collectivités ont commencé à s’opposer au développement.

Toutefois, je constate aujourd’hui une certaine évolution des mentalités quant à l’importance de la création d’emplois à l’échelle locale. Les jeunes sont de plus en plus nombreux à manifester de l’intérêt pour le travail dans les mines. Face à ce désir et ce besoin de travailler, davantage de collectivités permettent aujourd’hui les projets de développement minier parce qu’elles savent que des ententes sont désormais en place pour assurer une exploitation plus durable des ressources.

En nous impliquant dans la protection du territoire, nous honorons notre devoir envers les futures générations, tout en bénéficiant de la création d’emplois et de revenus résultant du développement responsable des ressources. Sentir que nos préoccupations et nos intérêts sont pris en compte représente un pas important dans la bonne direction pour nous en tant que Nation. Les membres de nos communautés dépendent des emplois pour gagner leur vie, mais souhaitent également pouvoir conserver leur mode de vie traditionnel.

Comment espérez-vous voir Eeyou Istchee évoluer au cours des 30 prochaines années?

Au niveau communautaire, nous avons besoin d’emplois intéressants à l’année. La majorité des emplois offerts sur notre territoire sont des emplois saisonniers dans le secteur de la construction. Mais prenons l’exemple d’un projet d’exploitation minière qui s’échelonnerait sur 15, voire 20 ans. Celui-ci donnerait aux travailleurs les moyens d’acheter une maison et de la payer. Lorsqu’on investit dans les infrastructures, on favorise le développement. En travaillant avec ces industries, nous pouvons conjuguer le développement économique et la protection de ce qui nous appartient.

Que signifie pour vous la création de La Grande Alliance?

Grâce à la Convention de la Baie-James et du Nord québécois (CBJNQ) et le travail que nous réalisons dans le cadre de La Grande Alliance, nous pouvons maintenant prendre les rênes du développement de notre territoire. C’est ce qui m’a motivé à accepter le poste que j’occupe aujourd’hui. Travailler directement avec le gouvernement du Québec nous donne la voix dont nous avions désespérément besoin pour décider de ce qui a lieu sur notre territoire aujourd’hui, et pour les générations futures.

La Grande Alliance nous permet de prendre soin de notre territoire et de trouver l’équilibre entre protection et développement. La beauté de cette entente réside dans le fait qu’elle offre aux générations futures l’opportunité de choisir entre l’adoption du mode de vie traditionnel ou la participation à l’économie salariale. Cette capacité de choisir est un atout puissant, auquel la Nation crie a assurément droit.